Le mauvais jet de l’empereur Zénon, reconstitué d’après un poème
Un poème raconte comment un empereur byzantin obtient 2, 5 et 6 et se retrouve avec huit pions exposés. Reconstituer la position permet de comprendre pourquoi ce jet l’oblige à séparer ses trois paires.
CUBE BackgammonPublié le Mis à jour le
Dans un poème d’Agathias, l’empereur byzantin Zénon lance trois dés et obtient un deux, un cinq et un six. Après les avoir joués, il se retrouve avec huit pions isolés sur le plateau, où ils peuvent être frappés. Le poète décrit la position avec assez de précision pour que des historiens puissent ensuite reconstituer ce qui rend ce jet si dommageable.
Zénon régnait sur l’Empire romain d’Orient au Ve siècle, et le jeu du poème était un ancien parent du backgammon, pratiqué avec quinze pions par camp et trois dés. Pour suivre son tour, nous avons dessiné la reconstitution habituelle sur notre plateau Las Vegas : Zénon joue les ivoire, et les pions noirs de son adversaire sont représentés en rouge. La numérotation permet aux ivoire d’avancer vers le point 1.
Pourquoi chaque dé sépare une paire
Avant le jet, Zénon a sept pions empilés au point 19, des paires en 5, 6 et 15, et des pions isolés en 2 et 16. Une paire protège ses deux pions contre la frappe ; seuls les deux derniers sont donc exposés.
Dans cette reconstitution, chaque dé se joue séparément et les trois doivent être utilisés si c’est possible. Un point occupé par au moins deux pions adverses est fermé, et Zénon ne peut pas sortir de pions tant qu’il lui en reste en dehors de son jan intérieur.
Suivez le jet de 2–5–6 de Zénon
La pile de sept pions en 19 semble offrir une réserve de coups, mais les trois destinations sont fermées : le 2 mènerait en 17, le 5 en 14 et le 6 en 13, trois points occupés par des paires rouges. Le pion isolé en 16 est bloqué pour la même raison, avec des paires rouges en 14, 11 et 10. L’autre pion isolé, en 2, ne peut avancer sans quitter le plateau, alors que la sortie n’est pas encore autorisée.
Pour utiliser le jet, Zénon doit déplacer un pion de 5 vers 3 avec le 2, de 6 vers 1 avec le 5, et de 15 vers 9 avec le 6. Chaque déplacement laisse un pion seul derrière lui et en pose un autre sur une flèche vide, ce qui crée six pions exposés en plus des deux déjà isolés. Les six ordres possibles des trois dés aboutissent aux mêmes huit pions seuls et à la pile de sept qui n’a pas bougé.
Ce que l’on peut retrouver dans le poème
Agathias décrit la disposition et le résultat sans fournir un règlement complet ; ce diagramme reconstitue donc un tour tout en laissant ouvertes des questions sur le reste du jeu. La version proposée par Ulrich Schädler pour Locus Ludi indique les règles ajoutées pour rendre le jeu praticable, notamment la rentrée des pions frappés. Il n’est pas nécessaire de trancher ces questions pour suivre les trois déplacements présentés ici.
Pourquoi quelqu’un a raconté cette histoire
L’épisode nous est parvenu dans l’épigramme 9.482 de l’Anthologie grecque, qui commence par une remarque sur la célébrité. Agathias explique que les gens ordinaires peuvent accomplir de grandes choses et tomber dans l’oubli, tandis que les moindres gestes des puissants passent à la postérité. Il choisit pour exemple le tour malheureux d’un empereur à un jeu de plateau, puis décrit soigneusement l’emplacement des pions des deux joueurs.
Le poème d’Agathias commence dans la partie inférieure de cette page de l’Anthologie palatine du Xe siècle (Cod. Pal. graec. 23, p. 440) et se poursuit page 441.Numérisation : bibliothèque universitaire de Heidelberg. Source · Public Domain Mark 1.0.Voir l’image complète ↗
Agathias termine en recommandant à chacun d’éviter ce jeu, puisque même l’empereur n’a pas échappé aux caprices du hasard. Son récit nous permet encore de disposer les pions, d’obtenir les trois mêmes nombres et de voir les paires de Zénon se défaire, plus de quinze siècles après.
La source principale est Agathias, Anthologie grecque 9.482, avec le texte grec et la traduction anglaise de W. R. Paton. Notre plateau suit le diagramme de R. G. Austin de 1934, reproduit dans Peter Schamber, XII Scripta (2009), pp. 21–22 de l’édition paginée ; le point p de la source devient 25 − p dans notre numérotation. Les trois déplacements et les six ordres possibles des dés ont été vérifiés pour cette position, avec les règles de déplacement indiquées. Les limites plus générales de la reconstitution sont discutées dans « Zeno’s Tavli » d’Ulrich Schädler, ERC Locus Ludi. Le poème ne donne ni score final ni vainqueur.