Le Mary Rose était un navire de guerre en bois de la flotte d’Henri VIII, roi d’Angleterre, qui a coulé au large de la côte sud du pays en 1545. Parmi les outils et les travaux de menuiserie inachevés retrouvés dans la cabine du charpentier, les archéologues ont découvert un jeu de backgammon, que la conservatrice Alex Hildred mentionne aux côtés de l’établi, des paniers et des chutes de bois dans le récit de la fouille publié par le musée.

Le navire a coulé le 19 juillet 1545 dans le Solent, le bras de mer qui sépare Portsmouth de l’île de Wight, au cours d’une bataille contre la flotte française. Les tâches quotidiennes de l’équipage se lisent encore à travers les objets restés à bord, et les pions appartiennent à cette histoire au même titre que les outils des différents métiers.

Un atelier un peu aménagé comme chez soi

Le plateau de tables pliant du Mary Rose, avec ses flèches en marqueterie et quelques pions conservés, exposé au musée.
Le plateau de tables du charpentier exposé au musée du Mary Rose, photographié en 2026.Photo : Tim Sheerman-Chase / Wikimedia Commons. Source · CC BY 4.0. Format réduit, sans recadrage.Voir l’image complète

La description de la cabine par le musée en fait un espace assez personnel. Elle possédait une porte coulissante, deux bancs et une fenêtre percée dans le flanc du navire, que l’on pouvait fermer par mauvais temps. Son occupant avait également agrandi la cabine.

Trois coffres contenaient différentes parties de la vie à bord. L’un était destiné aux outils ; un autre, qui servait probablement aux vêtements, conservait des traces de tissu. Un coffre en noyer plus élaboré possédait une serrure, des assemblages à queue d’aronde et une petite tablette intérieure. Il contenait notamment des assiettes en étain, des pièces de monnaie, des bagues et une couverture de livre en cuir.

Le jeu de backgammon trouve sa place parmi ces effets. Il suggère un autre usage de l’atelier, avec un plateau autour duquel on pouvait accueillir quelqu’un quand le travail le permettait. Le récit de la fouille ne nous donne ni le nom de cet adversaire, ni l’enjeu, ni les règles suivies.

Comment des objets ordinaires ont survécu

Le jeu est resté sous l’eau pendant plus de quatre siècles avant sa récupération. L’équipe du musée explique pourquoi tant d’objets organiques ont survécu ici : le limon a recouvert l’épave et limité l’accès de l’oxygène, ralentissant les mécanismes qui les auraient autrement détruits.

Un bois gorgé d’eau peut garder sa forme alors que sa structure microscopique s’est fragilisée, et un séchage sans précaution risque de le faire rétrécir, se fissurer ou se déformer. Les conservateurs doivent donc stabiliser ces objets avant de pouvoir les sécher et les exposer.

Faire réapparaître une pièce

La coque conservée a été remontée le 11 octobre 1982, après des années de recherche, de fouille et de documentation. Les archéologues avaient relevé l’emplacement des objets au cours de la fouille, ce qui permet encore de rattacher les bancs, les coffres, les outils et le jeu à la cabine du charpentier.

Les objets ne permettent pas de retrouver la partie d’un soir précis, et le mot « backgammon » employé par le musée ne nous fournit pas un règlement Tudor. Le jeu nous est parvenu parmi le contenu d’une cabine de travail, où quelqu’un à bord de ce navire avait ménagé une place pour jouer à côté des outils de son métier.

Ce récit suit les publications du Mary Rose Trust : le texte de 2016 citant la conservatrice Alex Hildred, la description de la cabine du charpentier, ainsi que les pages sur le naufrage, le renflouement et la conservation des objets. L’attribution du jeu est celle du musée ; le passage sur la conservation concerne les difficultés rencontrées pour la collection en bois en général.