Un pion frappé retourne à la barre, ce qui allonge la distance qu’il vous reste à parcourir et vous retarde dans une course.

Mais imaginez que vous soyez déjà très en retard et que vous attendiez une frappe tardive. Ramener trop vite vos pions dans votre jan intérieur peut vous laisser sans déplacement utile pendant cette attente.

Une position à conserver

Dans cet exemple, les ivoire tiennent deux portes au fond du jan intérieur rouge, aux points 22 et 24 selon la numérotation des ivoire. Ce sont des ancres : les rouges ne peuvent pas s’y poser et les ivoire peuvent attendre une occasion de frapper au passage.

Les cinq portes du jan intérieur ivoire pourraient retenir un pion rouge après une frappe : il faut donc essayer de les garder pendant l’attente.

À chaque tour, les ivoire doivent utiliser autant de dés que les règles le permettent. Une fois les déplacements du pion isolé épuisés, certains jets obligent à ouvrir une ancre ou une porte du jan intérieur.

Deux chemins pour le même pion rouge

Imaginez que les rouges déplacent un pion de 14 à 19 avec un 4–1. En passant par 15, ils frappent le pion ivoire isolé, tandis qu’ils l’évitent en passant par 18. Le pion rouge termine au point 19 dans les deux cas.

Nous pouvons comparer les deux versions : le pion ivoire encore au point 15, ou ce même pion à la barre.

Donnez un 6–4 aux ivoire dans chaque version. Sans la frappe, le pion disponible peut aller de 15 à 5 en conservant les deux ancres et les cinq portes du jan intérieur.

Après la frappe, les ivoire doivent rentrer avant de déplacer un autre pion. Ni le six ni le quatre ne permettent la rentrée face aux portes rouges. Les ivoire font gala : ils passent leur tour sans bouger de pion. Toutes leurs portes restent donc en place.

Essayez les deux mêmes jets

Choisissez avec ou sans la frappe, puis jouez deux 6–4. Les rouges restent immobiles dans cette démonstration pour isoler l’effet sur la structure des ivoire.

7 des 7 portes d’origine sont encore tenues.

Le pion disponible est encore au point 15.

12345678910111213141516171819202122232400

Les ivoire vont vers le point 1, les rouges vers le point 24. La numérotation est celle des ivoire.

Lire la position

Ivoire, point : nombre de pions. 1: 2, 2: 2, 3: 2, 4: 2, 5: 2, 15: 1, 22: 2, 24: 2. Rouge : 18: 2, 19: 4, 20: 3, 21: 3, 23: 3. À la barre : ivoire 0, rouge 0. Sortis : ivoire 0, rouge 0.

Les contours indiquent les ancres aux points 22 et 24 et les cinq portes du jan intérieur. On compare leur maintien, pas les chances de gagner la partie.

Essayez un autre 6–4

Sans la frappe, le pion isolé a déjà rejoint le jan intérieur, mais les ivoire doivent toujours jouer le six. Les pions du jan intérieur ne peuvent pas sortir tant que les ancres sont à l’extérieur. Le six doit donc être joué depuis l’une de ces ancres, ce qui oblige à en casser au moins une.

Avec le pion à la barre, un autre 6–4 ne permet toujours pas la rentrée. Les deux ancres et les cinq portes sont conservées un tour de plus.

Dans cette comparaison, nous laissons les rouges immobiles pour voir quelles portes les ivoire doivent abandonner. Dans une vraie partie, les rouges continueraient aussi à jouer.

Ce que les joueurs appellent le timing

Dans ce backgame, avoir du timing signifie pouvoir continuer à jouer en conservant les ancres et le jan intérieur qui rendraient une frappe utile. Un pion encore loin de la sortie offre des déplacements à jouer pendant l’attente ; une frappe peut lui redonner ce chemin à parcourir.

Dans notre position, les ivoire ne sont pas définitivement bloqués à la barre : un as ou un trois permet de rentrer sur une ancre. La suite dépend des jets et du jeu des rouges.

Une frappe peut aussi vous exposer davantage à un gammon ou un backgammon si l’adversaire termine avant que vous vous rétablissiez. Le temps gagné est utile s’il permet de conserver les ancres et les portes du jan intérieur pour exploiter une frappe ultérieure.

L’enjeu est de conserver un jan intérieur solide et une ancre quand la frappe tardive arrive enfin. Si vous ramenez trop tôt vos derniers pions dans votre jan intérieur, vous risquez de devoir casser vos portes en attendant.

Le timing fait depuis longtemps partie de la stratégie des backgames. Nous avons utilisé « Backgame Timing » de Bill Robertie comme référence sur le maintien d’un jan intérieur utile en attendant une frappe. Les deux positions, les deux chemins légaux et la démonstration aux jets fixes ont été créés pour CUBE Backgammon.

Ce que montre cette démonstration

Les deux versions comportent 15 pions par camp. Les chemins du 4–1 rouge sont légaux et donnent la même disposition rouge. Nous avons vérifié toutes les séquences ivoire légales complètes pour chacun des deux 6–4. Sans la frappe, les sept portes d’origine peuvent être conservées au premier jet, mais au maximum six au second. Après la frappe, aucun des jets ne permet la rentrée et les sept portes restent en place. La séquence présentée conserve le plus de portes d’origine : c’est un critère pédagogique, pas une recommandation du moteur. Nous n’estimons pas les chances de gagner et n’affirmons pas que les rouges devraient frapper ici.